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Date :     24-01-2003

Sujets :
Environnements hypertextes: Tacite (Annales: suite et fin; Dialogue des orateurs), Salluste (Guerre de Catilina), Sénèque (Théâtre: Hercule furieux), Cicéron (Pour Archias, Conjuration de Catilina, lv. I); Responsable mais pas coupable; La description des Enfers; Lectures pour les troupes américaines; Mara GOYET, Collèges de France

Notice :

1. Environnements hypertextes :

Les nouveaux environnements de la semaine sont:

Le Dépôt ITINERA ELECTRONICA renferme pour ces oeuvres les textes latins et les traductions françaises sous la forme de fichiers indépendants:


2. Sénèque, Hercule furieux et Hercule sur l'Oeta:

Responsable mais pas coupable :

Il y a quelques années, cette expression a été entendue à satiété dans le cadre d'une affaire criminelle qui a fait grand bruit et, hélas aussi, beaucoup de victimes innocentes.

Sénèque, dans les deux tragédies Hercule furieux et Hercule sur l'Oeta, exprime une pensée similaire au travers des personnages qu'il met en scène.

Dans l'Hercule furieux, Hercule, dans un moment de démence que lui a provoqué la déesse Junon, assassine ses fils ainsi que son épouse. Une fois ce moment de démence passé, il se rend compte des horreurs qu'il a commises. Son père Amphitryon, tout d'abord, et Thésée, ensuite, lui disent que l'erreur - dans sa démence, il a pris ses fils et son épouse comme la famille du tyran Lycus - n'est pas coupable; Hercule, cependant, dans la réplique qu'il fait à Thésée, fait remarquer que les conséquences d'une erreur constituent (aussi) un crime. Coupable dans les conséquences de son acte?

Hercule furieux, vers 1200 - 1238:

(Amphitryon) Luctus est istic tuus ;
Crimen nouercae :
casus hic culpa caret.
(Hercules) Nunc parte ab omni, genitor, iratus tona;
Oblite nostri, uindica sera manu
Saltem nepotes : stelliger mundus sonet,
1205 Flammasque et hic et ille iaculetur polus :
Rupes ligatum Caspiae corpus trahant,
Atque ales auida. Cur Promethei uacant
Scopuli? paretur uertice immenso feras
Volucresque pascens Caucasi abruptum latus,

[1210] Nudumque siluis. Illa, quae pontum Scythen
Symplegas arctat, hinc et hinc uinctas manus
Distendat alto; quumque reuocata uice
In se coibunt, saxaque in caelum expriment
Actis utrinque rupibus medium mare,
1215 Ego inquieta montium iaceam mora.
Quin structum aceruans nemore congesto aggerem;
Cruore corpus impio sparsum cremo ?
Sic, sic agendum est : inferis reddam Herculem.

[1220] (Amphitryon) Nondum tumultu pectus attonito caret.
Mutauit iras ; quodque habet proprium furor,
In se ipse saeuit. (Hercules) Dira Furiarum loca
et inferorum carcer, et sonti plaga
Decreta turbae, et si quod exsilium latet
Ulterius Erebo, Cerbero ignotum et mihi,
1225 Huc me abde tellus : Tartari ad finem ultimum
Mansurus ibo. Pectus o nimium ferum !
Quis uos per omnem, liberi, sparsos domum
Deflere digne poterit? hic durus malis
Lacrimare uultus nescit. Huc ensem date;

[1230] Date huc sagittas; stipitem huc uastum date.
Tibi tela frangam nostra ; tibi nostros, puer,
Rumpemus arcus, ac tuis stipes grauis
Ardebit umbris; ipsa Lernaeis frequens
Pharetra telis in tuos ibit rogos.
1235 Dent arma poenas : uos quoque infaustas meis
Cremabo telis, o nouercales manus.
(Theseus)
Quis nomen unquam sceleris errori addidit?
(Hercules) Saepe error ingens sceleris obtinuit locum.

Traduction française:

(Amphitryon) Je ne vois ici pour toi qu'un sujet de larmes: le crime, c'est ta marâtre qui l'a commis. Tu fus malheureux, mais non pas coupable.
(Hercule) Que ta colère éclate, ô mon père ! que le ciel entier retentisse du bruit de ton tonnerre! Tu m'as abandonné à mon funeste aveuglement; accorde du moins une tardive vengeance à tes petits-fils. Ébranle la voûte étoilée ; que tes traits enflammés partent à la fois des deux pôles. Que mon corps, enchaîné sur les rochers du Taurus, serve de pâture à un vautour dévorant. Pourquoi laisser vide le roc de Prométhée? Qu'on apprête mon supplice sur la pente abrupte et nue du Caucase, dont le sommet immense est l'asile des bêtes féroces et des oiseaux de proie.

[1210] Qu'attaché par les mains aux Symplégades qui ferment l'entrée de la mer de Scythie,.je demeure suspendu au-dessus de l'abîme ; et quand ces mobiles écueils viendront à se rapprocher, quand leur choc, pressant l'onde amère, la fera jaillir jusqu'au ciel, que je sois l'obstacle qui les empêche de se rejoindre! Ou plutôt pourquoi ne pas construire un vaste bûcher, pour effacer dans les flammes le sang dont je me suis souillé? Oui, j'y suis résolu; je vais rendre Hercule aux enfers.
(Amphitryon) L'orage de son coeur dure encore,

[1220] mais sa colère a changé d'objet; et, ce qui est le caractère de la fureur, il la tourne contre lui-même.
(Hercule) 0 terre, engloutis-moi dans le séjour affreux des Furies, dans les cachots de l'enfer, dans ces lieux destinés aux coupables, dans quelque abîme plus profond, s'il en est, que l'Érèbe, et qui soit inconnu de Cerbère et de moi! Je descendrai au fond du Tartare, mais pour n'en plus sortir. 0 coeur impitoyable! Qui pourra vous pleurer dignement, chers enfants, dont les corps sont épars dans l'enceinte de ce palais ? Ce visage insensible ne sait pas se mouiller de larmes.

[1230] Donnez-moi mon épée, mes flèches, ma pesante massue. (Regardant successivement les cadavres de ses fils. ) Pour toi je briserai mes traits, pour toi je briserai mon arc, et je brûlerai ce bois homicide; ce carquois rempli des flèches trempées dans le sang de l'hydre, je le jetterai dans ton bûcher. Punissons nos armes; mais je vous brûlerai aussi, aveugles instruments d'une marâtre, mains qui avez déshonoré des armes si glorieuses.
(Thésée) L'erreur fut-elle jamais crime?
(Hercule) Par ses suites souvent une erreur devient un crime.

Dans l'Hercule sur Oeta, Déjanire, l'épouse de Hercule, lui envoie la tunique du Centaure Nessus au titre de philtre d'amour; la tunique, cependant, imprègnée du sang du centaure, consume Hercule au point qu'il en meurt. Déjanire est inconsolable; son fils Hyllus tente de lui faire admettre que son erreur n'est point criminelle; mais, désespérée, elle s'enfuit et va se suicider. Hyllus ajoute, cependant, ma mère accomplit son devoir en se condamnant à mourir. Responsable ET coupable?

Hercule sur l'Oeta, vers 964 - 983 et 1024 - 1030 :

(Deianira) Inuicte coniux, innocens animus mihi,
965 scelesta manus est: proh nimis mens credula,
proh Nesse fallax atque semiferi doli!
Auferre cupiens pellici, eripui mihi.
Recede, Titan, tuque quae blanda tenes
in luce miseros uita: cariturae Hercule

[970] lux uilis ista est. Exigam poenas tibi
reddamque uitam : fata an extendo mea ?
Mortemque, coniux, ad tuas seruo manus?
Virtusne superest aliqua et armatae manus
intendere arcum tela missurum ualent?
975 An arma cessant teque languenti manu
non audit arcus? si potest letum dare,
animose coniux, dexteram expecto tuam.
Mors differatur: frange ut insontem Lichan,
alias in urbes sparge et ignotum tibi

[980] inmitte in orbem; perde ut Arcadiae nefas
et quidquid aliud restitit : ab illis tamen,
coniux, redisti. (Hyllvs) Parce iam, mater, precor,
ignosce fatis;
error a culpa uacat.

(Hyllvs) Fugit attonita, hei mihi.
1025 Peracta iam pars matris est: statuit mori;
Nunc nostra superest, mortis auferre impetum.
O misera pietas: si mori matrem uetas,
patri es scelestus; si mori pateris, tamen
in matre peccas : surgit hinc illinc nefas.
[1030] Inhibenda tamen est: pergam et eripiam scelus.

Traduction française:

(Déjanire) Cher et invincible époux , mon coeur fut innocent , ma main seule fut coupable. Funeste crédulité! traître Nessus ! monstre perfide ! Je ne voulais qu'enlever Hercule à ma rivale, et je me l'ôte à moi-même. Fuis, ô soleil, et toi, lumière dont le charme retient sur la terre les malheureux mortels.

[970] Sans Hercule, la vie me serait insupportable. J'expierai mon crime envers toi; je le payerai de ma vie. Dois-je prolonger mon existence et attendre la mort de tes mains? Hélas! te reste-t-il quelque force? ton bras est-il capable de tendre un arc, de lancer un trait? ou bien tes armes te sont-elles inutiles, et ton arc résiste-t-il à ta main défaillante? Si tu peux donner la mort, ô mon noble époux, je consens à vivre encore pour la recevoir de ta main. Brise-moi comme l'innocent Lichas.

[980] Que les débris de mon corps aillent tomber dans des villes lointaines et dans un monde inconnu de toi. Tue-moi comme le sanglier d'Érymanthe, comme tous ces monstres qui te résistèrent, mais que tu as cependant vaincus. (Hyllus) Ah ! de grâce, ma mère, n'accusez que le destin; votre erreur n'est point criminelle.

[1024] (Hyllus) Elle fuit désespérée. Malheureux que je suis! ma mère accomplit son devoir en se condamnant à mourir : le mien est de la sauver de sa propre fureur. O fils infortuné! tu deviens coupable envers ton père, si tu ne laisses pas périr ta mère; et coupable envers ta mère, si tu ne l'arraches à la mort.

[1030] Je suis placé entre deux crimes; n'importe, suivons-la, et tâchons de lui épargner ce nouveau forfait.


3. La description des Enfers :

Dans l'Hercule furieux Sénèque consacre un long passage à la description des enfers; c'est Thésée qui en fait la description: il parle en connaissance de cause car il a visité ces lieux. La description du lieu seul s'étend du vers 662 au vers 706 :

Spartana tellus nobile attollit iugum,
Densis ubi aequor Taenarus siluis premit :
Hic ora soluit Ditis inuisi domus,
665 Hiatque rupes alta, et immense specu
Ingens uorago faucibus uastis patet,
Latumque pandit omnibus populis iter.
Non caeca tenebris incipit primo uia :
Tenuis relictae lucis a tergo nitor,

[670] Fulgorque dubius solis afflicti cadit,
Et ludit aciem : nocte sic mista solet
Praebere lumen primus aut serus dies.
Hinc ampla uacuis spatia laxantur locis,
In quae omne mersum pereat humanum genus.
675 Nec ire labor est; ipsa deducit uia :
Ut saepe puppes a'stus inuitas rapit,
Sic pronus aer urget atque auidum chaos,
Gradumque retro flectere haud unquam sinunt
Umbrae tenaces. Intus immensi sinus

[680] Placido quieta labitur Lethe uado,
Demitque curas : neue remeandi amplius
Pateat facultas, flexibus multis grauem
Inuoluit amnem. Qualis incerta uagus
Maeander unda ludit, et cedit sibi,
685 Instatque, dubius, litus an fontem petat.
Palus inertis foeda Cocyti iacet.
Hic uultur, illic luctifer bubo gemit,
Omenque triste resonat infaustae strigis :
Horrent opaca fronde nigrantes comae,

[690] Taxo imminente, quam tenett segnis Sopor,
Famesque moesta tabido rictu iacens,
Pudorque serus conscios uultus tegit;
Metus, Pauorque, Funus, et frendens Dolor,
Aterque Luctus sequitur, et Morbus tremens,
695 Et cincta ferro Bella : in extremo abdita
Iners Senectus adiuuat baculo gradum.
(Amphitryon) Estne aliqua tellus Cereris aut Bacchi ferax
(Theseus) Non prata uiridi laeta facie germinant
Nec adulta leni fluctuat Zephyro seges;

[700] Non ulla ramos silua pomiferos habet :
Sterilis profundi uastitas squalet soli,
Et foeda tellus torpet aeterno situ;
Rerumque moestus finis et mundi ultima :
Immotus aer haeret, et pigro sedet
705 Nox atra mundo cuncta moerore : horrida,
Ipsaque morte peior est Mortis locus.

Traduction française:

Non loin de Sparte s'élève le Ténare, promontoire fameux, dont les épaisses forêts étendent leur ombrage sur la mer. Là est l'entrée de la demeure odieuse de Pluton. Au pied d'une roche élevée, dans le fond d'une vaste caverne, est une large ouverture, semblable à une gueule béante, par laquelle tous les peuples de la terre descendent en foule dans les abîmes de l'enfer. Le chemin n'est pas d'abord entièrement ténébreux : une faible lueur du jour dont on s'éloigne,

[670] les rayons du soleil qui y pénètrent, mais faibles et mourants, abusent les regards, semblables à ces clartés douteuses qui suivent et précèdent le jour; là commencent ces vastes espaces où le genre humain va s'engloutir tout entier. On y entre sans peine. Le chemin est une pente rapide. De même que l'onde emporte souvent les vaisseaux loin de leur route, ainsi une force irrésistible et l'avide destin entraînent les mortels dans ces abîmes; mais on n'en peut sortir, et l'enfer ne lâche pas sa proie.

[680] Au dedans, le paisible Léthé promène, en faisant un long circuit, ses eaux languissantes, qui font oublier les peines de la vie; et, pour ôter aux ombres tout moyen de revenir, il les environne des replis nombreux de ses eaux dormantes. Tel le Méandre forme en se jouant d'innombrables détours : il semble se chercher et se fuir, incertain s'il coulera vers la mer, ou s'il remontera vers sa source. Plus loin est le marais infect et fangeux du Cocyte. Sur ses bords gémit le vautour et le triste hibou; la chouette y soupire ses chants sinistres. Une forêt d'ifs, qui étend ses noirs rameaux, forme en cet endroit un ombrage épais,

[690] sous lequel habitent le Sommeil indolent, la Faim abattue et pâle d'épuisement; le Remords tardif, cachant la rougeur qui l'accuse; la Peur, l'Épouvante, la Mort, le Désespoir, le Deuil couvert de voiles lugubres, la Maladie tremblante, la Guerre que ceint le fer: enfin tout au bout se cache la Vieillesse débile, qui soutient, à l'aide d'un bâton, ses pas chancelants. (Amphitryon) Le sol s'y couvre-t-il quelque part des dons ou de Bacchus ou de Cérès ? (Thésée) Jamais dans ces lieux les prés rajeunis ne se couvrent d'une aimable verdure; jamais le souffle du zéphyre ne fait ondoyer les moissons jaunissantes :

[700] aucun arbre n'y porte des fruits. Dans ces champs souterrains et sans culture, la terre, stérile et hideuse, est condamnée à un éternel engourdissement. Là aucun germe de vie; c'est la fin de toutes choses. L'air même y est sans mouvement; la nuit pèse sur cet empire du néant; tout y est tristesse et horreur. Le séjour de la mort est plus affreux que la mort même.


4. Lecture et troupes américaines :

Source: Megan ROONEY, Mightier than the sword dans: The Chronicle of Higher Education, édition du 17 janvier 2003.

Les soldats américains stationnés actuellement dans différents pays arabes ont reçu, grâce à un don privé, différents livres - quatre au total - pour leur lecture personnelle. Le choix des titres a fait jaser; pourtant, le choix a été fait en accord avec le Penatgone: un livre sur "l'art de la guerre", un autre consacré aux "héros militaires américains", un troisième à "la correspondance militaire" et, enfin, le dernier étant l'oeuvre "Henry V" de Shakespeare.

C'est pourquoi The Chronicle a demandé à 9 enseignants quels étaient les livres qu'ils recommanderaient aux soldats. Parmi les livres cités figurent, à titre d'exemple, "Les Contes des mille et une nuits", une oeuvre de Mark Twain, un livre relatif à la guerre du Vietnam, un autre consacré à la guerre du Golfe, mais, o divine surprise, l'Iliade d'Homère est citée à deux reprises, l'Odyssée une fois et l'Enéide de Virgile une fois aussi.
L'épopée antique se retrouve ainsi sur les théâtres d'opérations militaires américains.


5. Lecture:

Vient de paraître: Mara GOYET, Collèges de France, Fayard, 2003, 204 pp., 16 € (EUR); en librairie depuis le 23 janvier 2003.

Des extraits de ce livre sont publiés dans Le MONDE, édition du mercredi 22 janvier 2003. Au titre d'Appetithäppchen, nous vous proposons deux extraits de ce qui a été publié dans Le Monde:

Le plafond. L'autorité d'un professeur s'évalue à l'aspect du plafond de sa salle.
Le strict et redouté a un plafond immaculé.
Le prof chahuté et dépassé a un plafond plein d'encre, de cartouches (les élèves les enduisent de colle puis les lancent le plus verticalement possible), de mouchoirs mouillés collés, de chewing-gums et d'autres choses inimaginables. On dirait des stalactites. Cela confère à la pièce une atmosphère rupestre dont elle avait bien besoin.
On ne pense pas assez à regarder le plafond. Il joue rarement un grand rôle dans la vie du collège. Il ne devient important que lorsqu'une plaque s'en détache, qu'un néon se délite ou que le prof de musique - dont la salle, par chance, se trouve au-dessus de la vôtre - décide d'initier les élèves à la pavane, à l'art du podophone ou se prend pour le Lully des collèges (ce qui a pour avantage de faire tomber les projectiles).

Démagogie. L'un des désagréments de l'enseignement, c'est que parfois (et même souvent) les élèves ne vous aiment pas. La plupart du temps il y a de quoi.
Le professeur passe une grande partie de son temps à râler, surveiller, traquer, faire taire. Ce n'est jamais agréable de n'être pas aimé de ses élèves. Certains semblent terrorisés par cette idée, d'autres sont avides de séduction, d'autres encore dramatiquement sympa.
Tout cela mène bien souvent à des formes multiples et variées de démagogie. Ce qui ne serait qu'un mal isolé si cela ne contribuait pas aussi à discréditer les professeurs qui persistent à travailler, transmettre, exiger sans pouvoir être sympa et jouer les animateurs tout le temps.
Comment, en effet, continuer à faire visiter le Louvre à ses élèves quand d'autres leur proposent d'assister au « Bigdil » (objectif pédagogique : étude des médias) ?
Comment organiser un voyage culturel en Espagne quand d'autres, au même moment, les emmènent s'éclater au ski (objectif pédagogique : apprentissage de la vie en collectivité).
Comment faire cours quand, dans la salle d'à côté, le professeur regarde les matchs du Mondial à la télé (on espère au moins qu'il aura fait des commentaires liés à sa matière) ?
Le problème du prof démago, c'est souvent qu'il est chouette: il a envie de plaire à tout le monde et l'on a envie d'être son copain.
Contrairement au prof élitiste, qui ne se balade jamais sans son « Budé » de Juvénal et l'œuvre complète de Chateaubriand, utilise des expressions latines, ose dire que certains élèves sont ignobles, émet l'idée qu'il y a un petit problème de niveau, se plaint de la carence d'autorité dans l'établissement - personnage qu'il est facile (trop facile) pour certains de détester -, le prof démago est désarmant.
On a un mal fou à en penser du mal. II vous renvoie même une image désastreuse de vous-même. Il vous oblige à des remises en question permanentes. On se sent rigide, strict, vieillot, distant. On a toujours l'impression de n'avoir rien compris.
Il a plein d'idées chouettes, se "bouge" pour les "gosses", est au fait de la situation familiale de chacun (et c'est vrai qu'il y a souvent de quoi excuser les élèves tant c'est peu réjouissant), connaît les secrets de l'établissement, possède la clef de toutes les salles, participe à toutes les réunions, fait des projets avec la ville, le département, la région, visite tous les salons (la porte de Versailles est son royaume), dialogue avec les élèves, sait ce qu'ils pensent de vous, connaît les surnoms, les potins, parle jeune ....
Un peu mono, un peu GO, un peu assistant social, très pote et complice, pas mal aîné grand frère, il lui reste peu de temps pour être prof.


Jean Schumacher
LLN, le 24 janvier 2003


 
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Dernière mise à jour : 17/02/2002