LE REPAS PROFANE CHRISTIAN, AUGUSTIN, ÉRASME ET D'AUTRES CONVIVES. AUGUSTIN. - Pour moi, je fais peu de cas des stoïciens et de leurs jeûnes. Mes louanges et mon approbation vont plutôt à Épicure qu'à Diogène, ce cynique qui se nourrissait de légumes crus et d'eau claire. Aussi, je ne m'étonne nullement que, roi chéri de la Fortune, Alexandre ait mieux aimé être Alexandre que Diogène. CHRISTIAN. - Moi non plus, bien que chétive créature, je ne voudrais pas troquer ma philosophie contre celle de Diogène ; peut-être que ton Cratius s'y serait aussi refusé. Les philosophes contemporains sont plus raisonnables ; ils se bornent à disputer à la manière des stoïciens, et, pour leur genre de vie, rendraient des points à Épicure lui-même. Je range la philosophie au premier rang des choses excellentes, à condition de s'y adonner avec modération. Je n'ap- prouve pas qu'on en abuse. C'est en effet une matière aride, stérile et austère. Un malheur m'arrive-t-il, ou suis-je malade, je me rabats immédiatement sur la philosophie comme sur un médecin, et à peine ai-je recouvré la santé que de nouveau j'y renonce. AUGUSTIN. - Je partage ton avis, et tu as bien philosophé. Salut donc à toi, philosophe, non de l'école du Portique, mais de celle de la cuisine. CHRISTIAN. Qu'avez-vous donc, Éraame, que vous n'êtes pas gai? Que signifie ce front rembruni, ce silence? M'en voulez-vous de vous recevoir d'une façon trop frugale? Érasme. Au contraire, je suis fiché que vous ayez fait pour moi tant de dépense. Augustin voua avait défendu de ne pas faire de fête pour lui; vous voulez que nous ne revenigns plus dorénavant, car on ne donne un tel repas que lorsqu'on ne veut en donner qubn. Quels convives tenez-vous donc à recevoir? Vous avez préparé un repas non pour des amis, mais pour des grands seigneurs. Nous prenez vous pour des g1OUtaus? Ce a'est«point là donner un repas, c'est gorger tes gens pour cois JOUR, Christian. Vous aussi vous faites donc comme Ué• mis I? Vous discuterez demain tout ir votre aise; su- jourdImi, je vous en prie, ressemblez à Micion De, main, quand nous serons à jeun, nous discuterons sur la dépense; à prient, il ne faut entendre que de pures bagatelles. Augustin. Christian, lequel aimez-vous le mieux du bcauf ou du mouton? Christian. Je préfère m btnuf, mais le crais le mou- ton plus salutaire. L'esprit de l'homme est ainsi fait qu'il désire passionnément ce qu'il p a de plue perni- cieux. Augustin. Les Français sont très-friands de cochon. Christian. Les Français aiment ce qui colite peu., Augustin. Sous ce rapport-là seulement je suis Juif, car je ne déteste rien autant que le cochon. Christian. Et avec raison, car rien n'est plus insa- lubre; en cela je ne pense pas comme les Français, mais comme les Juifs. Érasme. tuant à moi, j'aime autant le mouton que le cochon, mais d'une manière différente. Je mange avec plaisir du mouton, parce que je l'aime; je ne touche pas au cochon, tout en l'aimant, dans la crainte qu'il ne m'incommode. Christian. Érasme, vous ètes un homme aimable et spirituel. En vérité, le m'étonne de la grande diversité pdes goûts humaine. Et, pour citer HO=, it me aam- bfe voir trois convives qui ne n'entendent Fax, et dont le alais rlclame da mets tout différents. Érasme. Quoique, au dire d'un poi;te comique, il y ait autant d'opinions que d'hommes et que chacun Ait ta manière de voir, on ne me fera pas croire que les ca- ractères sont plus variés que les palais. Vous en trou- verez â peine deux qui aient les memes goûts. J'en si vu plusieurs qui ne pouvaient pas mime sentir le beurre et le fromage. II y en â à qui la viande donne des nausées; celui-ci s'abstient de bouilli, celui-là de rôti. Beaucoup préfèrent l'eau au vin. Et, chose in- croyable, j'ai connu quel«un qui ne touchait ai au pain ni au vin. Christian. De quoi vivait donc ce malheureux? Que mangeait-il? Érasme. Il mangeait de tout le reste: viande, pois- son, légumes, fruits. Christian. Vous voulez que je croie cela? Érasme. Si bon vous semble. Christian. Je le crois, mais à condition que vous me croirez à votre tour quand je mentirai. Érasme. Je veux bien, pourvu que vous mentiez discrètement. . Christian. Comme s'il y avait rien de plus impudent que votre invention. Érasme. Que diriez-vous si je vous montrais le per- sonnage? Christian. Ce doit étre un individu maigre et dé. charné. Érasme. Au contraire, on dirait un athlète. Christian. Pourquoi pas un. Polyphème i` Érasme. Je suis surpris que cela vous étonne, quand il y a tant de gens qui mangent du poisson durci à l'air en guise de pain, et d'autres le qui des` racines d%erbe tiennent lieu de pain. Christian. Je le crois; mais continuez vos men- songes. Érasme. Je me souviens d'avoir vu, pendant mon séjour eu Italie, quelqu'un qui se passait de boira et de manger; le sommeil l'engraissait. Christian: Quelleimpudence 1 Je ne puis m'emp& cher de répéter eu paroles du Satirique : C'at alors que leurs poumons vomissent d'énormes mensonges. Vous poétisez. Vous faites maintenant le poste, car je n'ose dire que vous mentez. Érasme. Je mentirais si Pline, qui est un auteur très-digne de foi, n'avait écrit qu'un ours s'était en- graissé d'une manière étonnante en ne faisant que dormir pendant quatorze jours, d'un sommeil si pro- fond que les coups ne pouvaient pas même le réveil- ler. Pour vous surprendre davantage, j'ajouterai ce que dit Théophraste, que si l'on conserve pendant ce nombre de jours la viande de l'ours, même cuite, elle revit. Christian. Je crains que le Parménon de Térence ne puisse pas garder cela 1 ; pour moi, je vous crois aisément. Je vous servirais un morceau de cerf, si j'é- tais poli. Érasme. D'où tenez-vous cette venaison? D'où voua vient ce gros gibier ? Christian. Mida, (homme le plus généraux de la terre, et qui m'aime beaucoup, m'en a fait cadeau; mais ces sortes de cadeaux me reviendraient souvent moins cher en la achetant. Érasme. Pourquoi celai . Christian. Parce qu'il faut donner aux domestiques plus que cela ne coùterait au marché. Érasme. Qui vous y oblige? Christian. Le plus despotique des tyrans. Érasme. Quel est-il? Christian. L'usage. Érasme. Assurément, ce tyran impose souvent aux mortels les lois les plus injustes. Christian. Midas, selon sa coutume, a tué ce cerf à la chasse avant-hier. Et vous, éte>vous toujours pas- sionné pour cet exercice? Augustin. Je l'ai compiétement abandonné, et je ne fais plus la chasse qu'aux lettres. Christian. Mais il me semble que les lettres fuient. plus vite que les cerfs.' Augustin. Toutefois, pour les atteindre, nous avons deux chiens excellents, savoir : l'admiration et le tra- vail opinâtre. A force d'admirer on prend l'amour de l'études et, comme l'a dit un poéte +4s-éloquent, un traail opinidtn triomphe de tout. Christian. Vous conseillez en ami, Augustin, comme toujours ; aussi je ne cesserai pas, je ne m'arreterai pas, je ne me lasserai pas que je ne sois UrIvd au but. Augustin. Ce cerf vient fort à propos. Pline raconte, au sujet de cet animal, quelque chose d'admirable. Christian. Quoi,, je vous prie? Augustin. Chaque fois qu'il dresse les oreilles, il a l'orle très-fine; mais s'il les baisse, il est sourd. . Christian. Cela m'arrive souvent. Car s'il est ques. tion de recevoir des écus, nul n'entend mieux que moi. Je fais sien comme la Pamphile de Térence, je-dresse las oreilles. Mais si on me: parle de débourser, je les baisse aussitôt. Augustin, je vous loue d'agir comme vous le devez. Christian. Voulez-voua cette cuisse de lièvre ? Augustin. Servez-vous. Christian. Aimez-vous mieux le râle? Augustin. Cet animal n'a d'appétissant que les Bancs et les cuisses. Christian. N'avez-vous jamais vu de lièvre blanc? Augustin. Souvent. Pline prétend que l'on rencontre dans les Alpes des lièvres blancs qui, à ce que l'on croit, se nourrissent de neige pendant l'hiver. Pline a dU vérifier le fait. Si la neige blanchit la peau du lièvre, il faut nécessairement qu'il ait l'estomac blanc. Christian. Pour moi, cela ne me parait pas vraisem- blable. Augustin. Écoutez quelque chose de plus étonnant, dont vous avez peut-étre entendu parler. Le mime Pline atteste que chaque lièvre possède les deux, sexes, et que la femelle engendre sans. le mâle. Ce fait est garanti par beaucoup de gens, surtout par. les chas- seurs. Christian. C'est comme vous le dites. Mais goùtoas, si vous levoulez, de ces lapins, qui sont gras et tendres. J'en servirais à cette demoiselle si j'étais assis auprès d'elle. Augustin, occupez-vous, a 'il vous plan, de votre voisine; vous vous entendez fort bien à servir les Grices, Augustin. Je comprends ce que vous voulez dire, moqueur. Christian. Aime>vous l'oie t Augustin. Je l'aime assez, car je ne suis pas diAicile. Mais cette oie, je ne sais pourquoi, ne me plait nulle- ment; je n'ei jamais rien vu de plus. sec; elle est plus sèche que de la pierre ponce ou que la belle-mère de ce Furius, sur lequel Catulle plaisante tant. On la dirait de bois. Ma foi, autant que je puis croire, c'est un vieux soldat qui s'est miné'par des veilles excessives, car on dit que de tous les animaux l'oie est le plus vigi- lant. Assurément, si mes conjectures ne me trompent pas, cette oie est du nombre de celles qui, pendant que les chiens et les gardes étaient endormis, ont dé- fendu jadis le Capitole romain. Christian. Vous dites bien vrai, car je crois qu'elle date de cette époque. Augustin. Il en est de même de cette poule : ou elle a eu un engraisseur avare, ou elle a aimé, ou du moins elle a vécu en proie è [*jalousie, maladie qui afflige sur- tout cette sorte d'animaux. Ce chapon s'est beaucoup mieux engraissé. Voyez ce qu'occasionnent les soucis. Si de notre ami Théodoric, qui est un coq, nous fai- sions un chapon, il engraisserait bien plus vite. Théodoric. Je ne suis pas coq. Augustin. J'avoue que vous n'êtes ni un Galle, pr& tre de Cybèle, ai un coq de basse-cour, mais vous 8tes peut-ètre un Français, coureur de belles ~. Christian. Qu'est-ce que cela veut dire? Augustin. Je vous laisse à deviner cette énigme. J'ai fait le Sphinx; soyez ffdipe. Christian. Dites-moi franchement, Augustin, n'a- vez-vous jamais eu de liaison avec les Français?N'avez- vous eu avec eux aucun rapport, aucun commerce? Augustin. Non, jamais. Christian. Vous n'en valez pas mieux. Augustin. Mais j'ai eu quelques liaisons avec les Françaises. Christian. Voulez-vous du foie d'oie, que les anciens aimaient par-dessus tout? Augustin. Je n'ai rien à refuser de ce qui vient de votre main. Christian. Ne comptez pas sur ce qui faisait le régal des Romains. Augustin. Quoi? Christian. Des artichauts, des escargots, des tor- tues, des couleuvres, des champignons, des bolets, des truffes. Z Augustin. Pour,moi, je préfère une rave à,tout cela. Vous êtes libéral, vous êtes généreux, Christian. Christian. Personne ne touche à ces perdrix ni à ces ° ns. Demain est un jour de jeùne prescrit par lise; munissez-vous contre la faim. Lestez le na- vire contre la tempête qui le menace. La guerre appro- che, garnissez-vous l'estomac. Augustin. Plat à Dieu que vous n'eussiez pas pro- noncé ces mots, nous nous serions terme de table plus gais. Vous nous rendez malheureux avant le temps. Christian. Pourquoi celai' Augustin. Parce que j'ai moins de répugnance pour le aetpent que pour le poisson. Christian. Vous n'êtes pas le` seul. Augustin. Qui nous a procuré ce désagrément? Christian. Qui a enseigné à donner en remède J'a- loès, l'absinthe et la scammonée? Augustin. Ces remèdes-là se donnent aux malades. Christian. Les autres se donnent à ceux qui se por- tent trop bien. Il vaut quelquefois mieux ètre malade que d'avoir trop de santé. Augustin. Il me semble que les Juifs d'autrefois étaient traités avec moins de rigueur; Je me passerais facilement d'anguille et de porc, à condition de pou- voir me gorger de chapons et de perdrix. Christian. En général ce n'est pas le fait, mais l'in- tention qui nous distingue des Juifs. Ceux-ci ne tou- chaient pas à de certains aliments comme à des choses immondes et pouvant souiller l'àme. Nous qui savons que tout est _ pur pour les caurs purs, nous privons cependant de nourriture la chair rebelle, comme un cheval fougueux, afin qu'elle soit plus docile à la voix de l'esprit. Nous corrigeons quelquefois par les ri- gueurs de l'abstinence l'usage immodéré des choses agréables. Augustin. J'entends; mais à ce compte-là on pour- rait plaider pour la circoncision du pripuve, Car elle émousse la sensation de la volupté, et cause de la dou- leur. Si tout le monde détestait le poisson autant que moi, j'oserais à peine condamner un parriciderà un supplice aussi atroce. Christian. Il y en a qui aiment mieux le poisson que la viande: Augustin. Le poisson convient donc à ceux qui mangent par gourmandise et non par raison de santé. Christian. En effet, j'ai oui dire qu'autrefois les Eso- pus et les Apicius mettaient leur principal luxe dans le poisson. Augustin. Alors quel rapport y a-t-il entre un régal et une pénitence? Christian. Tout le monde n'a pas des murènes, dm $ares ai des esturgeons. Augustin. 11 n'y aura donc de punis que les pauvres, qui ont assez de peine à se nourrir de viande. Car il arrive souvent que quand l'Église leur permet d'en manger, leur bourse ne le leur permet pas. Christian. Cette défense est vraiment inhumaine. Augustin. Si l'usage de la viande interdit su riche se change en un régal,, et si le pauvre peut rarement man- ger de la viande, méme quand cela lui est pennis, et encore moins du poisson qui conte ordinairement plus cher, à qui profitera cette défense? Christian. A tout le monde. Les pauvres pourront se nourrir d'escargots et de grenouilles, croquer des oignons et des poireaux. Les gens d'une.fortune mé- diocre retrancheront quelque chose de leur ordinaire. Si lu richeé saisissent cette occasion pour satisfaire leur sensualité, ce sera la faute de leur-gourmandise et non celle des constitutions de l'Église. Augustine. Vous parlez à merveille; mais en ettea- dent exiger que les pauvres, qui élèvent leur famille à force de sueurs, et qui demeurent loin des rivières et des lacs, soient privés de viande, c'est leur faire subir la famine ou plutôt.la boulimie. Or, si nous en.croyons Hombre, le genre de mort le plus triste est de périr de faim: Christian. Hombre, qui était aveugle, en a jugé ainsi; mais aux yeux des chrétiens celui qui meurt bien n'est point à plaindre. Augustin. Soit : mais cependant il est inhumain d'exiger de quelqu'un qu'il meure. Christian. Les pontifes n'interdisent pas l'usage de la viande dans le but de faire mourir les hommes, mais afin de leur infliger une légère punition s'ils ont p& chi, et, par la suppression des aliments substantiels, de rendre leurs corps moins rebelles à l'esprit. Augustin. Un usage modéré de la viande produira le mètre effet. Christian. Mais dans une si grande variété de tem- péraments on ne peut pas prescrire une sorte de viande déterminée, on peut prescrire un genre d'aliment. Augustin. II y a des poissons qui sont très-nourris- sants; il y a des viande& qui le sont très-peu. Christian. Mais en général les viandes sont plus nourrissantes. Augustin. Voyons, dites-moi, si vous aviez un voyage à faire, lequel aimeriez-voua le mieux d'un cheval vif et emporté, on d'ut cheval malade, qui, bronchant à chaque pas jettera son cavalier à terre? Christian. Pourquoi me demanda-voua Mer Augustin. Parce, que l'usage du poisson, vu cotœm• plat les humeurs, expose notre corps b de grandes maladies qui Pempéchent d'obéir à l'esprit. Christian. Quelles maladies? Augustin. La goutte, la fièvre, la lèpre, la jaunisse. Christian. Comment le $avez-vous? Augustin. Je m'en rapporte aux médecins; j'aime mieux cela que d'en faire l'expérience. Christian. Ces cas sont peut-étre rares. Augustin. Je les crois nombreux. Or, puisque rime agit par les orgues matériels du corps, qui subissent l'impression des humeurs bonnes ou mauvaises, quand au instruments sont viciés, elle ne peut pas manifester se puissance comme elle le veut. Christian. Je sais que les médecins condamnent fort l'usage du poisson, mais nos pères en ont jugé autre- ment, et la religion commande de leur obéir. Augustin. Lis religion commandait aussi autrefois de ne point violer le sabbat, mais il était plus important de sauver un homme que d'observer le sabbat. Christian. Chacun doit veiller à sa conservation. Augustin. Au contraire, si nous en croyons saint Paul, on ne doit pas chercher son avantage, mais celui des autres. Christian. Mais d'où vient ce nouveau théologien à table?.Quel est ce nouveau notre Mettre "ndu? Augustin. C'est que je déteste le poisson. Christian. Quoi donc? Est-ce que vous ne faites ' pas maigre? Augwtin, Si fait, mais en murmurant et à raton grand détriment. Christian. La charité supporte tout. Augustin. Qui, mais elle exige le moins possible. Si elle 'supporte tout, pourquoi ne souffre-t-on pas que nous nous nourrissions des aliments que permet la Il- bercé dvaa#Mque? Pourquoi ceux à qui Dieu a fait promettra tant de fois l'amour du prochain exposent ils les corps de tut d'hommes à des maladies mop. telles, et leurs âmes à la damnation éternelle, pour une chose qui n'est pas défendue per le Christ et qui en elle-méme n'est pas nécessaire? Christian. (Zuand la nécessité veut qu'on passe outre, adieu le règlement, adieu le veau du législateur. Augustin. Mais pour les esprits faibles le scandale subsiste toujours; le scrupule d'une conscience méti- culeuse ne s'efface pas. D'ailleurs, on ne sait guère comment déterminer cette nécessité. Est-ce quand te mangeur de poisson commence à rendre lime? Il est trop tard pour donner dota viande à un mourant. Est-ce quand la fièere épiale s'est emparée de tout le corps? Ce n'est pas la peine de choisir des mets. . Christian. Que voudriez-vous donc que l'on pres- crivit? Augustin. Je sais bien ce que je ferais si l'on. me confiait la dictature dè l'Église. Christian. Que feriez-vous? Augustin. Si j'étais souverain pontife, j'engagerais tous les fidèles à vivre constamment dans la sobriété, mais surtout aux approches des joursde tète. Du reste, je laisserais chacun libre de manger ce qui lui conrlen• droit pour sa santé, pourvu qu'il en ugt modérément et avec actions de ces; et je terüis ta sorte, tout en relâchant ces prescriptions chmenu, d'augamt« lQ able de lamie piété. Christian. Certes, votre proposition me paratt si belle que nous devrions vous taire pape, Augustin. Vous riéu, mais pourtant cite téta aurait bien la force de porter urge tiare. Cürùdm. prem garde, en attendant, que soirs opinion ne soit consignée dans les articles dut pari. riens. Augwtin. Tout ce que nous disons sera écrit dans le vin, comme on doit taire dots propos de table. Maïs voilà assez de théologie pour un repas. Nous sommes b table, nous ne sommes pas à la Sorbonne. ' Christian. Qui empoche d'appeler Sorbonne un lieu oh l'on absorbe bien? Augustin. Absorbons donc et ne disputons point, si nous ne voulons pas !aire dériver Sorbonne de sorbe ~, et non d'absorber. Christian. Maintenant, hôtes très-bienveillants, trouvez bon, je vous en, prie, ce petit dîner, tout mal. gre qu'il soit. Montrez-vous gais et de bonne humeur, malgré la pauvreté et la frugalité dq repos. C est en comptant sur 'votre bonté que j'ai osé vous inviter en amis. Assurément, votre arrivée et votre présence me comblent de plaisir et de joie. tes Convirss. Votre dinar, excellent Cbdatien, noua parelt do toutes fatoaa ddlIcat et somptueux. Vous n'avez qu'un tort, s'est de vous excuser. Il da pas dtd plus magnifique qu'il ce tallait. Un repas véritable, ment copieux et recharch6 se compose de mets sim. plu, qu'as"onnent la g&ieté, lo vire, les bons mots et les plaisanteries; rien de tout cola de manqué à notre repas. Christian. Mais je songe au nombre des convives qui, au dire de Varron, ne doit pas erre au-dessous de trois ui aa-dmu-de nùui En allai, les Crgces, qui président à la douceur et à l'amitié, sont au nombre de trois, et les Muses, ces reines des beaux-arts, sont ou nombre do neuf. Cependant je vois ici dix invités, sans compter tes jeunes filles. Augustin. Il ne pouvait donc tien arriver de mieux. Nous sommes un peu plu ange& quo Varron lui mante, car nous avons invité trois jeunes filles chu> montes, qui ressemblent aux trois Grtices; puis, comme Apollon est censé ne jamais quitter le cheeur des neàf Muses, nous avons ajouté avec raison un dixième convive. Christian. Vous parlez poétiquement. Si j'étais près d'un laurier, je vous en tresserais une couronne, et vous seriez un ponte lauréat. Augustin. Si j'étais couronné de mauves, j'aurais le ventre rauché. Je ne Watttibue pas tant d'honneur. Cet boudeur est trop grand pour moi. Je ne me juge pas digne d'un tsl honneur. Chrbtian. Ne voulem-vous pas bous faire pour moi ce que je, ferai pour vous? LU Conuitu. Si fait, et de bon cour. Christian. Vous videras donc ce verra ebocun à vo. tre tour, cil prenant exemple sur moi. Je commence par vous l'offrir, Midos. Midas, J'accepte avec plaisir. On dit commua?~ ment t Après vous. Je ne refuse pu. Je n'ai rien à volts rofuser. Christian. Vous le forez ensuite puger aux autres. Midas. Erume, je bois la moitié de la coupe à votre santé. graine. A le vôtre. Grand bien vous fasse! Qua cela vous profita! Psosit tiul Prs jkiat serait un terme un peu dur 1. Christian.:Mds pourquoi la coupe s'urrète-t-elle? Pourquoi ne circule-t-elle pas? Le vin nous manque. tdl ? Où as4u les yeux, pendard? Vite, apporte deux setiers du mème vin. Le Valet. tmsmey valut; il y a quelqu'un b la porte qui veut vous parier. £rame. Qui est-ce? Le Valet. I1 dit qu'il est le domestique de More ; que son metre est arrivé d'Angleterre, et qu'il désire que vous alliez le voir, attendu qu'il doit partir de grand matin ppur l'Allemagne. $rmme. Christian, que l'on fasse le compte, car il faut que >m'en aille. Christian. C'est moi, tri-docte $rMme, qui régle- rai le compte de ce dinar; ne voua en. Inquiétez pas. 48 vm "MBtde d'avoir ddpd audmr b "tu sifpaaj . moisit eut fécbeux que soue narra. quittiu Pm yue la pübo ne soit tenainde. tratme. Que rege l-R eacm, doan que je dise ; porf us bien et oppwdiue:t. . Christian. Eh bien, trouvanssle`bon,=puisque vous ouea non du &aval au ans, mdis de vos mie h ma que vous aunes te plus. trome. Je vous remercie 4dement de ta bonté que vous avez eue de m'inviter h ce repas idai aaent ogrésbte. Adieu, «celleats amie. Bava bien et vivez agréablement.